Journal de bord d’un négrier

Note de l'éditeur

Ce journal de bord a été écrit en 1762 par Jean Pierre Plasse, tombé dans l’oubli depuis bien longtemps. Il a fallu la ténacité d’un de ses descendants, Bernard Plasse, pour que le manuscrit, déposé au Musée de la Marine de Marseille devienne un ouvrage enfin accessible au public. C’est un récit par lequel nous pouvons entrer directement dans des modes d’appréhensions du réel, presque dans l’intimité d’un négrier... Car s’il est bon de savoir une chose, il est toujours intéressant de se la représenter avec les yeux des contemporains. Sans cela il n’est pas, il ne peut pas être de vraie histoire.  

Écrit par un homme averti, ce journal de voyage est d’ailleurs beaucoup plus fourni que la plupart des journaux de bord conservés jusqu’à nos jours. Indications nautiques, informations commerciales éparses, le tout dans un style télégraphique avant l’heure, forment souvent l’ossature de ce type de récit […], les paragraphes plus consistants y sont rares. Tel n’est nullement ici le cas. Le texte est bien écrit, dans un langage correct, précis et parfois raffiné. […] Relativement cultivé, soucieux d’être utile, il souhaite aussi captiver son lecteur. Son journal se lit ainsi très facilement, de bout en bout.

Olivier Pétré-Grenouilleau, extrait de la préface.

Note sur l'auteur et un de ses descendants

Subrécargue sur le navire hollandais l'Espérance, Jean-Pierre Plasse était un négociant spécialisé dans la traite des Noirs.
Un descendant de celui-ci, Bernard Plasse, a publié le journal de son aïeul, daté de 1762, pour montrer une certaine « banalité du mal»  et affronter le démon de ses origines.


Note sur le préfacier

Olivier Pétré-Grenouilleau, est l’auteur de la somme : Les Traites négrières, essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, collection Bibliothèque des Histoires », 2004.

Un extrait

« Samedi 11 septembre
Ce matin, le temps au brouillard, à ne pouvoir découvrir la côte. J’ai envoyé le canot à terre pour savoir s’il y avait des esclaves mais la mer était si grosse qu’on n’a pas pu entendre les appels des nègres depuis le rivage, ils étaient couverts par le bruit des vagues et comme je ne pensais n’être pas très loin de destination, nous avons mis à la voile. […]

Samedi 16 octobre
Ce matin, nous avons mis à la voile avec un petit vent d’ouest en route pour Juda qui est à six lieux d’ici […] En effet, ce jour se passa à faire préparer tout ce dont j’avais besoin pour commencer ma traite. […]

Après des compliment de part et d’autre, on s’assoit sur ces bancs dont celui du blanc est le plus haut par respect. On apporte à boire de l’eau-de-vie et on choque le verre avec le marchand […] Ensuite, il s’assied par terre en attendant que les esclaves paraissent pour faire la palabre, c’est-à-dire l’interprétation du marché. Les hommes captifs sont traduits attachés aux poignets ainsi que les garçons pour marquer à l’acheteur que c’est un homme. Les femmes et les filles ne le sont point. […] L’accord obtenu, on donne au vendeur une note de ce dont on est convenu et il vient le chercher au magasin quand il lui plaît. Ensuite, on fait apporter du feu où l’on fait chauffer son estampe et on marque les captifs sur une épaule, on adoucit l’effet du fer avec de l’huile de palme. Ensuite, on présente encore à boire et on prend congé pour aller chez un autre, le précédent vous accompagnant jusqu’à la rue. Voilà toute la cérémonie qui est observée en pareil cas. »

Journal de bord d’un négrier, Jean-Pierre Plasse, adapté du français du XVIIIe siècle par Bernard Place, préface d'Olivier Pétré-Grenouilleau, édition Le mot et le reste, collection Attitudes. 154 pages, 21 x 14,8 cm, février 2005, 15 euros.
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