Banal oubli

Note de l’éditeur

Pierre Jean, écrivain, cherche l’inspiration pour son nouveau roman. Ébranlé par la rupture avec sa maîtresse Alicia, il se console en buvant ­quelques gins tonics « Chez James ». Quittant le bar au petit matin, il a la désagréable impression d’oublier ­quelque chose. 
«  La vérité explose dans ma tête. Je chute dans un gouffre. Mon cœur fait un sprint soudain. Ses battements rapides sont des coups de poing douloureux dans ma poitrine. Je démarre, faisant en catastrophe marche arrière, évitant de justesse une voiture circulant tous feux  éteints. Je fonce à une vitesse folle dans les rues obscures. J’ai le corps trempé d’une sueur froide. Un oubli pareil, c’est la première fois que cela m’arrive. Je gare la voiture en double ligne sans me préoccuper d’une possible contravention. Je descends, je cours vers le bar, pousse la porte. Je scrute chaque recoin de la salle… Je ne sens plus le sol sous mes pieds. Je dois prendre appui d’une main sur la table la plus proche. Je respire profondément avant de m’avancer vers James qui range ses verres.
— Je me suis oublié ici, lui dis-je. »
Ainsi débute une histoire extraordinaire, époustouflante, où l’écrivain se voit progressivement dépossédé de son histoire par le personnage principal. Celui-ci revendique son libre-arbitre et conteste la dictature des créateurs pour défendre la devise : « Vainqueur ou vaincu, surtout vaincu, ne laisse à quiconque, pas même à Dieu, le soin d’écrire ton histoire. »

Note sur l’auteur

Né à Port-au-Prince, Gary Victor est l’un des romanciers haïtiens les plus lus en Haïti. Après des études d’agronomie, il exerce le métier de journaliste durant de nombreuses années et a occupé des postes importants dans la fonction publique haïtienne. Il est actuellement rédacteur en chef du quotidien Le Matin.
Fils de René Victor, qui est peut-être le sociologue le plus important de son pays, l’écrivain en a hérité un regard lucide et sans complaisance sur sa société. Il développe dans ses livres une réflexion sur Haïti tout à fait nouvelle, prenant souvent à contre-pied toute la parole d’une génération d’intellectuels. Il revendique en outre un attachement particulier à l’œuvre d’une école de romanciers haïtiens du XIXe siècle dont le regard sur la société haïtienne fut tout aussi subversif.
Auteur à succès, Gary Victor est littéralement plébiscité par les lecteurs haïtiens. Son roman, À l’angle des rues parallèles, a obtenu le Prix de la fiction insulaire  à Ouessant 2003. Il a fait également l’objet d’une adaptation au théâtre.
Outre son travail d’écriture, Gary Victor est scénariste pour la radio, le cinéma et la télévision. Esprit rebelle, indépendant, ses réflexions sur la société haïtienne font quotidiennement des vagues sur les ondes d’une station de radio de Port-au-Prince, et son feuilleton télévisé sur les mœurs de la petite bourgeoisie haïtienne a été adapté au cinéma.
Dernièrement, il s’est vu décerner le Prix littéraire des Caraïbes 2008 pour Les cloches de la Brésilienne et le Prix RFO 2004 pour son titre Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin.
En août 2001, Gary Victor a reçu à Port-au-Prince, pour la valeur de son œuvre publiée en français en Haïti, la médaille de l’Ordre de chevalier du mérite de la République française.

Banal oubli, Gary Victor, éditions Vents d'ailleurs. 190 pages, 15 x 23 cm, septembre 2008, 16 euros.