Phobies

Publié le par Antoine

    

     Dans l’entonnoir de l’heure de pointe, j’arrivais en retard. Dix-sept heure trente-trois. Le thermomètre affichait vingt-sept degrés, la clim était éteinte et les fenêtres ouvertes.


Sa silhouette fluette flottait vers la voiture. Elle semblait exténuée et paradoxalement détendue.

Elle s’engouffrait. Ses lèvres effleuraient les miennes le temps d’un battement de cil. Elle se lovait dans le cuir de son siège, chauffé par le soleil. Me demandait de remonter les vitres. S’emmitouflait dans sa veste et mit le chauffage. J’ai froid. Elle semblait dans les vaps. C’est cool que tu aies pris la New-Beetle. J’avais envie de cocon.

La circulation s’épaississait à mesure que je tentais de regagner le centre-ville. Son silence m’inquiétait, elle ne disait rien, semblait étrangère.

     C’était sa sortie hebdomadaire aux thermes. Elle y était allée seule et avait voulu faire, cette fois, ces soins dont ses amies vantaient les mérités. Jacuzzi, hammam, sauna, salle de sport, aquagym et massages pas de soucis, le reste, elle était réticente.

En fait elle est hylophobe et par extension, elle a la phobie de la campagne. Seule la vie citadine lui convient. Elle n’accepte la présence d’animaux que s’il s’agit de chiens ou de chats d’appartement fraîchements shampouinés. Dehors, elle apprécie les pigeons. Ces derniers sont les seuls vrais piliers de la nature urbaine dit-elle. Elle refuse toute discussion portant sur les rats. Par ailleurs, elle est aussi entomophobe.

Elle marmonnait des mots inaudibles.

Tout rapport à la terre la dégoûte, elle exècre ceux qui vivent hors de la ville. Les bouseux, comme elle dit. Et jette toutes les fleurs qu’on lui offre. Le poulet lavé à l’eau de Javel, elle en rêve. Les OGM pour les fruits et les légumes sont la solution contre les insectes et de fait contre les terrifiantes rencontres les rares fois où elle cuisine. Elle n’est en paix et en harmonie que dans son bureau blanc clinique.

Elle marmonnait des mots inaudibles.

     Je roulais au pas à présent. Je devinais un accrochage ou un accident. Je n’en pouvais plus de la chaleur dans l’habitacle. Je tendais la main, baissais le chauffage. Elle dormait. Sereine. Je remontais sa veste. Sa respiration lente et régulière comme les passants à l’heure de l’apéro. Son front glissait vers la vitre de la fenêtre. Au contact, elle se raidissait et s’en retournait à l’appui-tête.
Cela devait être un accident. Nous étions immobilisés depuis six ou sept minutes. Ça klaxonnait. Elle était à dix milles lieux de nous.

Elle marmonnait.

Je veux me mettre sous la couette pour avoir l’impression de retrouver ma boue.





La Tour d'Aigues, mars 2009

Publié dans Mes textes

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