Le pré

Publié le par Antoine



D’abord avec désolation.

Le cul enfoncé
dans les hautes
herbes sauvages.
Sur la butte.
Il regardait
le pré.
Les arbres
toujours là.
Mais la terre
profondément
meurtrie.
Pas un labour.
Des entailles
skyzophréniques.

Le pré
n’existait plus.

Plus loin
un travail
de patience
ou de folie.

Une vielle dame,
recourbée
même quand
elle était debout,
s’évertuait
à désherber
à la main
cet hectare
en jachère.

Il allait la voir,
histoire
de mémoire.
Il pressentait
que bientôt
il ne l’apercevrait
plus.
Elle parlait
peu.
Un bonjour.
Et des silences.
Lui,
débagoulait.
Le pré.
Le pré.
Le pré.
Il se plaignait.
Elle lachait alors
Il faut faire
respirer la terre
autour des arbres.

Il ne répondait
rien.
Il ne lui disait pas
qu’il n’avait pas
compris.

Ça l’avait obligé
à se taire.

Il retournait
sur la butte.
Impassible,
la vielle dame
toujours à la tâche.
Il tentait
de rassembler
son harmonie
avec ce qu’il restait
de nature
dans le pré.
Le soleil
les piaffements
le bruissement
le tintement
du ru
en dessous
et
et …
Éh !

Une
é n o r m e
araignée
verte
sortie
de nulle part
gambadait
du bas
de son patalon
à lui.
Pris
de panique,
il secouait
ses jambes
de manière frénétique,
sentait ses cheveux
se dresser
sur son crâne
chauve.
Zigzagant,
dos au pré
il s’enfuyait.

Sans se retourner
il entendait
la vielle dame
crier :
Ce qui enterré
à aussi besoin
d’air !




La Tour d’Aigues, mars 2009


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