12 h 44 mn

Publié le par Antoine



12 h. 44 mn. Jamais foutue d’être à l’heure ! Il va falloir que je l’attende à nouveau. Il faut toujours l’attendre. Pas un brin de ponctualité. L’heure à ma montre, celle de l’horloge et celles des écrans publicitaires, n’a jamais un instinct de vérité.
Le temps se permet tous les écarts, et nous écarte souvent de sa route. Du moins tente-t-il de nous le faire croire.
Encore un siège orange, plus orange que les autres. Maudit ou propre ? Peu m’importe, c’est là que je l’attendrai. C’est là que je la vivrai. Elle...

Elle passe les gens, la foule. De temps en temps beaucoup de temps, puis une vague, une déferlante, une tempête.

Je sens encore son souffle sur mon visage. Son souffle et sa claque.

La Fée des sables, celle qui les égraine, les verses puis les renverses. Je me souviens, elle m’avait bousculé un instant. Un instant pour tout le temps. L’éternité du moment, je l’avais balayée. Mais elle revient tout le temps, tout le temps, tout le temps...
La Fée des sables, la fée des poussières, la collectionneuse de terre, je l’avais éternuée, je l’avais dispersée, partout. Partout, partout par terre. Je l’avais piétinée, écrasée, tuée, assassinée...
Mais elle revient toujours... Sans jamais trépasser, elle !


Et c’est moi qui l’attends, qui la fuis, qui l’a rattrape...
J’ai essayé de la fixer, de l’arrêter, de la stopper l’espace de la création d’un mensonge sur un instantané de vérité.
Ça n’a pas marché. J’ai jeté mon Polaroïd, j’ai enterré papa, puis maman... Bientôt moi peut-être, aussi, certainement, sûrement...
La Fée m’ensevelira à mon tour, tour le temps...

- Le train en partance pour Nice va fermer ses portes. Éloignez-vous de la bordure du quai. Merci !

Et merde ! Je l’ai attendu pour la louper. Elle ! Elle, la locomotive du temps, de l’éternité, celle qui égraine sa défoule voyageuse.




 Aix-en-Provence, début 2000

Publié dans Mes textes

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